Sur les sentiers karstiques de l’Anthropocène

« Le karst est constitué par un ensemble de formes souterraines et de surface et de conditions d’écoulements souterrains, qui interagissent les unes sur les autres. »

Les sentiers karstiques mènent à travers les reliefs et paysages singuliers créés par l’infiltration de l’eau dans la roche (carbonatée notamment), la dissolution de cette roche, l’écoulement souterrain des matières dissoutes et leur concretion en des formes nouvelles. Effondrements, gouffres, roches déchiqutées, paysages ruiniformes…pertes et résurgences… mais aussi dolines et grottes, ces paysages sont aussi angoissants qu’étonnants. Ils nous ramènent au temps court de la vie sur terre au regard des temps géologiques, aux réactions complexes qui sont en jeu dans la transformation des imaginaires, à la succession des états de nos corps et de nos émotions, à la richesse d’un lexique singulier et inconnu. A la possibilité de la réaction et de la transformation.

Sur les sentiers est une démarche collective d’émancipation qui explore et conjugue, sans linéarité, plusieurs formes d’expression, d’interrogation, d’appropriation et de libération pour faire face aux bouleversements inédits des conditions de la vie sur terre.

La démarche est résolument située, dans l’espace et le temps. Elle nait de ce XXIè siècle marqué par une «chronique de crises» qui signe l’urgence d’un changement profond et radical de nos manières de voir, d’être et de faire au monde. Elle prend son sens dans les «milieux de vie» de ses protagonistes, ici et maintenant.

La démarche propose des espaces de rencontre (temps/lieux) pour affronter ensemble l’état de précarité généralisé du monde et la possibilité de situations d’effondrement de plus en plus proches et nombreuses, qui résultent de dominations aussi puissantes qu’imbriquées. Elle cherche à répondre aux sentiments de désarroi, de désorientation, d’angoisse, de colère et d’impuissance qui nous alourdissent au risque de perdre le sens de la légèreté et de la «beauté du monde».

Elle prend la forme choisie par le groupe qui se constitue. Elle se concrétise par la conception et la mise en œuvre, par le groupe lui-même, d’un programme d’auto-formation et de mise en mouvement. Ce cheminement, construit pas à pas, donne toute leur place au vécu (émotions, réactions, histoires…), à l’observation (avec tous les sens), à la pensée (débat, littérature, apports conceptuels, propositions politiques) et au corps (danse, soins…). Pour s’en nourrir, il peut donner lieu à la mobilisation de diverses formes et de divers media, avec des objectifs et temporalités aussi variés que souhaités.

Forme libre par définition, cette démarche peut être totalement auto-organisée par les personnes qui se saisiront de cette proposition. Elle peut aussi être facilitée par des personnes d’horizons différents (pédagogues, psychologues, artistes, philosophes, médiateurs…) qui veilleront, chacune avec leurs aptitudes, à faire définir par le groupe ses espaces de liberté, ses règles de sécurité, ses étapes et son terme. Mais aussi à rendre tangible le chemin parcouru par le groupe. Les facilitateurs pourront aussi aider le groupe à mettre en œuvre les étapes de ses explorations (recours ou acquisition de compétences techniques, interventions de personnes-ressources…).

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